Travail-famille: les pères aussi cherchent l’équilibre
Caroline Rodgers
La Presse
Collaboration spéciale
La dernière fois que Frédéric Blanchard a cherché un emploi, la conciliation travail-famille faisait partie des critères pour choisir son nouvel employeur.
«Je ne serais pas bien dans un emploi où je ne pourrais pas m’arranger quand mes enfants ont besoin de moi, dit ce père de deux bambins d’âge préscolaire. J’ai posé la question en entrevue en me disant que s’ils ne m’engageaient pas à cause de cela, ce serait tant pis.»
Et il n’est pas le seul à penser ainsi. «Les questions de conciliation sont de plus en plus abordées en entrevue. Les gens veulent savoir quelle est la culture de l’entreprise et s’ils pourront avoir une vie en dehors du travail», dit Florent Francoeur, PDG de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés du Québec.
Dans un contexte de pénurie de main-d’oeuvre où le marché favorise les chercheurs d’emploi, la conciliation travail-famille est devenue un facteur de rétention et d’attraction pour le recrutement du personnel.
Pas étonnant: selon un sondage sur les pères au travail réalisé cette semaine par Workopolis, un père sur cinq admet que le temps passé loin de sa famille est sa principale préoccupation. La même proportion estime que les engagements vis-à-vis de son travail lui font rater de précieux moments en famille.
Et pour 15% des répondants, trouver un temps pour les tâches domestiques constitue un défi. Il faut dire que les pères d’aujourd’hui sont plus présents auprès de leurs enfants et partagent davantage les travaux ménagers.
Un rôle naturel
Parlez-en à Hugo Roy, professeur de français au collégial. Tous les soirs, c’est lui qui cueille son fils à la garderie et prend soin de lui tout en préparant le souper. Pendant ce temps, sa conjointe donne des leçons de piano. Rien de plus naturel aux yeux de ce père attentif.
«De façon générale, les pères d’autrefois étaient moins présents. Mais je pense que c’est un trait de caractère autant qu’une question de génération, dit-il. Encore aujourd’hui, il y a des hommes que ça dérange plus ou moins d’être absents. Moi, quand je sais qu’il se passe quelque chose à la maison, et que je ne suis pas là, ça m’inquiète vraiment.»
A-t-il raison de s’en faire? Il est certain que les enfants ont besoin de la présence de leurs deux parents, croit Nicole Hébert, psychologue et co-directrice du centre de consultation conjugale Objectif-Couple.
«Les pères d’aujourd’hui comprennent l’importance de cela, dit la psychologue. Le petit garçon a besoin de son père comme modèle à suivre et pour se développer en tant que futur homme. Et pour la fille, le regard du père est important pour l’estime de soi.»
Plus conscients de ce rôle, les pères d’aujourd’hui sont nombreux à demander souplesse et compréhension à leur employeur.
«Les gens ne veulent plus travailler neuf ou dix jours d’affilée, dit Hugo Roy. Ils en mesurent l’impact et sont moins prêts à se plier à toutes sortes de folies pour leur travail.»
Les pères veulent être là pour leur enfants et ce, dès la naissance. Selon un autre sondage effectué l’an dernier par CROP, 87% des travailleurs estiment qu’il est bien vu dans leur milieu qu’un homme utilise son congé de paternité.
Quand les valeurs sociales changent, les politiques gouvernementales suivent. Depuis que le nouveau Régime québécois d’assurance parentale est entré en vigueur en 2006, les pères peuvent recevoir une prestation de paternité exclusive au taux de 70% pendant cinq semaines.
Des horaires souples
Les employeurs n’ont pas le choix de s’adapter aux nouvelles exigences des parents au travail. «Ils se rendent compte que quand ils ne gèrent pas cet élément, les gens prennent davantage de congés de maladie et arrivent en retard en donnant d’autres prétextes que la famille, dit Florent Francoeur. Ça ajoute un stress aux employés.»
La flexibilité des heures de travail est la mesure la plus importante pour permettre de concilier travail et famille, croit le spécialiste en ressources humaines.
Pour Frédéric Blanchard, qui est conseiller en gestion de systèmes informatiques, cette flexibilité est cruciale pour s’ajuster en cas de pépin.
«Si je sais que je dois changer mon horaire à cause de mes enfants, je peux m’arranger avec mes collègues car nous sommes trois à faire le même travail. Pour l’employeur, l’important c’est que les clients soient bien servis», dit-il.
D’autres mesures sont populaires, comme la possibilité d’accumuler du temps pour le reprendre, ou le télétravail.
«On a vu des cas, par exemple chez Desjardins dans le secteur des assurances, où on installe un ordinateur au domicile des employés qui veulent travailler à distance. Il est certain que cela implique des coûts.» Toutefois, la conciliation travail-famille n’est pas possible pour tous, croit M. Francoeur.
«Pour les PME qui fonctionnent sur des quarts de travail, il n’y a pas beaucoup de flexibilité, dit-il. Ce n’est pas toujours une question de volonté. Parfois, c’est impossible. Il faut aussi concilier les besoins des employés avec ceux de l’entreprise.»
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